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▼Au sommet de la vague

Le matcha, le thé vert en poudre à la mode

Vert vif dans les vitrines, en latte, en éclair ou en glace : le matcha est partout. Derrière la couleur se cache un thé très particulier, cultivé et préparé avec une minutie rare. Reste une question que pose le baromètre : la mode survivra-t-elle à son propre succès ?

Notre lecture : au sommet

passeduremonte

Un thé qu'on boit tout entier

Le matcha est un thé vert japonais réduit en poudre très fine. Contrairement au thé infusé, dont on jette les feuilles, on le délaie dans l'eau et on boit la feuille elle-même, en suspension. D'où sa texture veloutée, son goût concentré et sa couleur si intense.

Bol de thé matcha mousseux, fouet en bambou et cuillère de poudre verte
Un bol, un fouet, une cuillerée de poudre : le matcha dans sa version la plus simple.

La pratique est née en Chine, où l'on battait déjà des thés en poudre il y a près d'un millénaire, avant d'être portée au Japon par des moines bouddhistes. Elle y est devenue le cœur de la cérémonie du thé, un rituel codifié où chaque geste compte : la manière de tenir le bol, de verser l'eau, de battre la poudre, de servir l'invité. Le matcha a longtemps gardé ce statut de boisson cérémonielle avant de gagner, bien plus tard, les cafés et les pâtisseries du monde entier.

Estampe japonaise du début du XIXe siècle : une femme en kimono puise l'eau chaude près du foyer, à côté d'un bol, d'un fouet en bambou et d'une boîte à thé
Estampe japonaise vers 1815 : bol, fouet et boîte à thé, les gestes du thé en poudre étaient déjà là.

Culture à l'ombre et meule de pierre

Ce qui distingue le matcha commence au champ. Quelques semaines avant la récolte, les théiers destinés au matcha sont couverts pour être privés d'une grande partie de la lumière. Les feuilles réagissent en devenant plus tendres, d'un vert plus profond, et développent un goût plus doux, moins astringent, souvent décrit comme « umami ».

Après la cueillette, les feuilles sont rapidement passées à la vapeur pour stopper leur oxydation, séchées, puis débarrassées de leurs nervures et de leurs tiges. Ce qui reste, le tencha, est broyé lentement, traditionnellement à la meule de pierre. L'opération est longue, car une meule trop rapide chaufferait la poudre et altérerait son parfum. Cette lenteur explique en partie le prix des matchas de qualité.

Préparer un bol sans le rater

La préparation fait peur, à tort. Il faut seulement respecter deux règles : une eau qui n'est pas bouillante et un fouet pour faire mousser.

  1. Tamiser une petite cuillerée de poudre dans un bol, pour éviter les grumeaux.
  2. Verser un peu d'eau chaude, autour de 70 à 80 °C : une eau bouillante rend le matcha amer.
  3. Battre vivement au fouet en bambou, en dessinant des « M » ou des « W » plutôt que des cercles, jusqu'à obtenir une fine mousse.
  4. Boire sans attendre, avant que la poudre ne retombe au fond.
Ustensiles du matcha posés à plat : bol, fouet en bambou, tamis et pot à lait
Bol, fouet, tamis : le matériel tient sur un plateau.

Le fouet en bambou, ou chasen, n'est pas qu'un accessoire de décor : ses dizaines de fines lamelles créent une mousse qu'une cuillère ne donne pas. Un petit fouet électrique peut dépanner, avec un résultat moins délicat.

Du bol au latte et à la pâtisserie

La percée récente du matcha doit beaucoup à ses usages dérivés. Le matcha latte, poudre fouettée puis allongée de lait chaud ou de boisson végétale, souvent sucré, a fait entrer le thé vert dans les cafés à la manière d'un cappuccino. Les pâtissiers, eux, apprécient sa couleur et son amertume légère, qui équilibrent le sucre : éclairs, financiers, macarons, crèmes glacées, roulés.

On croise désormais du matcha dans les vitrines des boulangeries de quartier, signe que la tendance a dépassé le cercle des salons de thé spécialisés. C'est aussi là que le baromètre devient attentif.

UsageCe qu'on rechercheQualité courante
Bol traditionnelgoût doux, mousse finepoudre de première qualité, chère
Lattecouleur, goût qui tient face au laitqualité intermédiaire
Pâtisseriecouleur, amertume légèrequalité « culinaire », moins chère

Caféine : un thé comme un autre

Le matcha contient de la caféine, comme tous les thés. Puisqu'on consomme la feuille entière, une tasse en apporte souvent davantage qu'un thé vert infusé, la quantité variant selon la dose de poudre. Les précautions sont donc les mêmes que pour le café ou le thé : on évite d'en boire le soir si l'on dort mal, et les femmes enceintes, à qui il est en général conseillé de limiter la caféine, en tiennent compte comme pour les autres boissons qui en contiennent.

Il circule aussi autour du matcha une foule de promesses de santé. Elles ne sont pas autorisées par la réglementation européenne et n'ont pas leur place ici. Pour démêler ce genre de discours, notre page sur la façon de juger une nouveauté qui promet beaucoup propose une grille simple.

« Matcha décor » ou tasse quotidienne ?

Le baromètre distingue deux choses. D'un côté, le « matcha décor » : une touche verte sur un dessert, une boisson photogénique, un parfum de saison qui se vend surtout grâce à sa couleur. Souvent sucré, parfois préparé avec une poudre de qualité modeste, il relève de l'effet de mode. De l'autre, la tasse quotidienne, préparée chez soi au fouet par des amateurs de thé qui l'adoptent comme d'autres le café du matin.

La première vague est à son pic. La seconde reste minoritaire, mais elle existe et pourrait bien survivre, à la manière du kombucha, autre boisson qui a connu son heure de gloire avant de trouver un public fidèle.

Pourquoi on le classe au sommet

Le matcha est placé au sommet de la jauge, ce qui ne veut pas dire qu'il va disparaître. Cela signifie qu'il a atteint son pic d'attention : présent partout, décliné dans tous les desserts, il ne peut guère être plus visible. Après un sommet vient en général une décrue, qui fait le tri. Les versions purement décoratives risquent de s'effacer au profit de la prochaine couleur à la mode. Le thé, lui, était là bien avant la tendance et le restera après.

Repères généraux sur l'alimentation et ses modes : ils ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un diététicien, en particulier pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes suivies pour une maladie ou une allergie.