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■Tendance installée

Les bols composés, la tendance qui dure

Il y a une dizaine d'années, le bol composé passait pour une curiosité de comptoir branché. Aujourd'hui, il se prépare à la maison sans tambour ni trompette, avec les restes du frigo. C'est précisément ce qui en fait une tendance installée, et non plus une mode.

Notre lecture : installé

passeduremonte

D'où vient le bol composé

Le principe n'a rien de neuf. Manger dans un bol unique une base de céréale garnie de légumes et d'un peu de viande ou de poisson, c'est le quotidien de nombreuses cuisines d'Asie depuis des siècles : le donburi japonais, le bibimbap coréen, les bols de riz du sud de la Chine. Le poke hawaïen, poisson cru mariné servi sur du riz, a servi de passeur vers l'Europe dans les années 2010.

Ce qui a changé, c'est la mise en scène. Les comptoirs du midi ont repris l'idée en la rendant modulable : on choisit sa base, sa garniture, ses légumes, sa sauce. Les photos de bols bien rangés ont fait le reste, et le même objet s'est répandu partout, du centre-ville aux zones commerciales.

Une formule plutôt qu'une recette

Le bol composé tient debout parce qu'il ne s'agit pas d'une recette mais d'une grille. Cinq cases suffisent, et chacune accepte des dizaines de réponses.

CaseRôle dans le bolExemples courants
La baseElle cale et donne le volumeriz, quinoa, boulgour, pâtes courtes, pommes de terre
La garnitureElle apporte la tenuepoulet grillé, œuf mollet, tofu, poisson, pois chiches
Les légumesCouleur et fraîcheurcarottes râpées, chou, concombre, betterave, salade
La sauceElle relie l'ensemblevinaigrette, yaourt aux herbes, sauce soja, tahini
Le croquantLe contraste en bouchegraines, oignons frits, noix concassées, radis

Cette souplesse explique sa longévité. Un bol peut être chaud ou froid, copieux ou léger, végétal ou non, et il absorbe sans difficulté les produits de saison. En octobre, la courge rôtie remplace l'avocat ; en mai, les radis prennent la place des betteraves. Personne n'a besoin d'acheter un ingrédient rare pour suivre la tendance.

Bol en bois garni de riz, poulet grillé, haricots, carottes râpées et salade, posé sur une toile de jute
Riz, poulet, haricots, carottes et salade : la grille en cinq cases, sans chichis.

Pourquoi il dure quand d'autres passent

Si l'on applique au bol nos trois questions pour lire une tendance, le verdict est assez net.

Est-ce que ça dure ? Oui. Le bol composé est présent sur les cartes depuis plus d'une décennie, et il a survécu à la disparition de ses ingrédients vedettes successifs. L'avocat, le saumon cru ou le quinoa ont tour à tour fait la une, puis sont devenus des options parmi d'autres.

Est-ce que ça sort des grandes villes ? Oui encore. On le trouve dans les rayons traiteur des supermarchés, sur les ardoises des boulangeries de bourg, dans les cantines d'entreprise. Il a cessé d'être un marqueur de quartier à la mode.

Est-ce que ça promet trop ? C'est là que la vigilance reste utile. Le bol a longtemps été vendu comme un plat « healthy » par définition. Or un bol n'est ni bon ni mauvais en soi : tout dépend de ce qu'on y met. Une montagne de riz blanc nappée de sauce sucrée et de fritures n'a pas grand-chose à voir avec un bol de légumes, de lentilles et d'une céréale complète.

Le bol à la maison : le vrai test

Le signal le plus parlant ne vient pas des comptoirs mais des cuisines. Beaucoup de foyers ont adopté le bol pour une raison très prosaïque : il recycle les restes. Le riz de la veille, deux carottes, un fond de pois chiches, un œuf, une sauce minute, et le dîner est prêt en dix minutes.

Il s'accorde aussi très bien avec la boîte qu'on emporte au bureau. Quelques précautions suffisent pour qu'il arrive en bon état à l'heure du déjeuner :

Gravure ancienne d'une grosse laitue pommée frisée, planche d'un catalogue de plantes potagères de 1904
Une laitue blonde géante, gravée en 1904 : la salade, base du bol, a toujours eu ses variétés vedettes.

Le virage végétal du bol

Depuis quelques saisons, la garniture du bol se déplace. Le poulet et le saumon restent fréquents, mais les légumineuses gagnent du terrain : pois chiches rôtis, lentilles vertes, haricots rouges, edamame. Elles se prêtent bien au jeu, puisqu'elles se cuisent à l'avance, se conservent quelques jours au frais et prennent le goût de la sauce.

Pour ceux qui veulent composer un bol sans viande qui tienne au corps, l'association d'une céréale et d'une légumineuse reste la règle la plus simple. Pour savoir où trouver des protéines sans viande et ce que la réglementation permet d'en dire, notre page dédiée fait le point.

Les pièges du bol « tout prêt »

La version vendue en barquette a ses limites. Les portions sont parfois très généreuses en base et très avares en légumes. Les sauces, souvent sucrées et salées, pèsent lourd dans le goût final. Et le prix grimpe vite quand chaque supplément est facturé à part.

Quelques réflexes simples aident à s'y retrouver :

  1. regarder la proportion de légumes, qui devrait se voir au premier coup d'œil ;
  2. demander la sauce à part quand c'est possible, pour la doser soi-même ;
  3. se méfier des intitulés flatteurs, qui ne disent rien de la composition réelle ;
  4. lire l'étiquette pour repérer les ingrédients et les allergènes.

Ce que dit le baromètre

Le bol composé occupe le milieu de la jauge : il ne monte plus, il ne retombe pas, il dure. Ses ingrédients changent au fil des saisons et des envies, mais la formule reste. Dans quelques années, on parlera peut-être moins de « bowl » et davantage d'assiette complète ou de plat unique. Le principe, lui, sera toujours là, simplement rangé dans la catégorie des choses qu'on ne remarque plus parce qu'elles font partie du quotidien.

Repères généraux sur l'alimentation et ses modes : ils ne remplacent pas l'avis d'un médecin ou d'un diététicien, en particulier pour les enfants, les femmes enceintes et les personnes suivies pour une maladie ou une allergie.